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7 juin 2026

Organiser une résidence d'écriture

Où l'on se rassemble pour créer.

Salut,

Il y a des trucs que je fais depuis longtemps, si longtemps que j’ai oublié leur origine. Quand j’ai essayé de revenir à la genèse de mon groupe d’écriture, j’ai eu de la chance d’avoir Chloé pas loin pour me rappeler que tout a commencé par un groupe Facebook. C’est comme si j’avais oblitéré cette vie antérieure, je ne vais plus sur Facebook depuis si longtemps que j’oublie que j’ai fréquenté ce site hyper assidûment. Bref, au départ j’avais créé un groupe Facebook autour du NaNoWriMo (ce challenge d’écriture dont je vous ai beaucoup parlé, écrire un roman en un mois en novembre bla bla bla), puis j’ai déserté Facebook, j’ai supprimé le groupe.

Et en 2020, juste après la sortie de Moi les hommes, je les déteste, j’ai décidé de refaire un NaNoWriMo avec un truc qui n’avait rien à voir – cette année-là, j’ai écrit un tiers à peu près d’un roman de fantasy avec des sorcières et des lesbiennes, qui dort depuis dans mon disque dur. J’étais allée me réfugier chez une amie de l’époque, dans les Cévennes, et j’avais ouvert un salon Discord, refuge numérique, pour celleux qui voulaient aussi faire un NaNoWriMo et se soutenir dans cette épreuve.

Toute ma vie j’ai cherché des refuges, dis-je. Mais en réalité, la plupart du temps j’ai bâti ces refuges de mes mains. Leurs fondations, du moins.

Ce salon Discord a survécu à la fin d’un NaNoWriMo, et puis il a grandi jusqu’à devenir son propre truc. Il s’est rempli de personnes pour qui créer est important, une grosse dizaine de membres actifves quasiment au quotidien. On y trouve des personnes qui écrivent tous les jours, d’autres qui n’ont pas le temps d’écrire autant qu’iels le voudraient. Certain·es pour l’instant bossent sur leur thèse et qui ont des épopées sous le coude, d’autres encore travaillent sur le même projet depuis 8 ans, le matin avant d’aller bosser.

On a trouvé un nom au salon, puis on l’a changé pour mieux refléter l’identité de ses membres, et on est devenu un vrai groupe. À la fin de mes livres, vous pouvez parfois lire que je remercie la Guildeforge : ce sont elleux, mes camarades d’écriture depuis maintenant 6 ans. On se fait relire nos textes, on brainstorme des idées, on s’aide à rédiger des mails importants. On se rencontre en vrai de vrai. Si le groupe a pu perdurer, c’est parce qu’il est autonome : je l’ai créé mais c’est un espace qui s’autogère. Ses membres se rencontrent lors d’événements littéraires, s’hébergent en cas de besoin, se filent des coups de main, se soutiennent dans les coups durs.

Je vais vous confier un truc : je déteste parler de mon travail. Plus précisément, je n’aime pas parler de ma pratique créative avec des gens qui n’ont pas de pratiques créatives qui prennent beaucoup de place dans leur vie. La mienne est mon métier, et je trouve ça assez difficile et inconfortable d’essayer d’expliquer les tenants et les aboutissants de ce métier à des personnes non-concernées. Ça fait peut-être de moi une sale snob. Mais je ne crois pas que ça ait à voir avec le fait que c’est mon gagne-pain et pas le leur, parce que l’écriture n’est pas la source principale de revenus de la majorité des membres de ce groupe. Avec qui j’adore parler de mon travail.

C’est plutôt que je vois bien dans le regard des gens pour qui la créativité n’est pas une préoccupation majeure, qu’iels ne comprennent pas forcément

  1. ce que je fais de mes journées (la belle vie, ne faire qu’écrire et lire – oui mais pffiou, pas que hein)

  2. ce qu’implique le processus créatif (me demander comment va le taf quand je suis dans un gouffre où tout est nul et difficile : une expérience sociale, pour sûr)

Et ce n’est pas quelque chose qui est facile à expliquer parce que ça met dans une posture assez vulnérable. La drama queen que je suis quand je galère à écrire, ce n’est pas la meilleure version de moi-même, et je n’ai pas envie de la montrer à tout le monde. Cependant, c’est une facette de ma personnalité avec laquelle je vis intimement, que je connais bien, qui fait partie de ma boucle créative. J’ai besoin de pouvoir vivre avec cette drama queen et avec d’autres gens, sinon le processus de création serait atrocement solitaire et aliénant. Croyez-moi, on a toustes besoin de pouvoir être too much en groupe, à la fois pour nous sentir vu·es, à la fois pour que des âmes plus raisonnables nous aident à redescendre.

C’est ce que m’a appris la communauté du NaNoWriMo, mais surtout ce groupe d’écriture, que j’ai créé et qui vit sans moi, ou plutôt avec moi dedans, et pas à sa tête. Créer, ça n’a pas besoin d’être solitaire et aliénant. C’est possible de trouver, ou de construire, un espace où ce qui nous relie, c’est un rapport intense avec la créativité

Résider, ensemble

Je reviens de notre deuxième résidence d’écriture. Deux ans qu’on se retrouve quelque part en France pour écrire ensemble, pour vivre ensemble. L’an dernier, je faisais les dernières corrections sur De l’autre côté de la mère. Cette fois, j’ai avancé sur la toute fin d’un roman qui me donne du fil à retordre depuis plusieurs mois. J’avais très hâte de retrouver ce cadre privilégié pour être 100% moi-même : une meuf fatiguée, qui porte une histoire dans son cœur, qui aime écouter le chant des oiseaux, bien manger à tous les repas, et poser ma tête sur une épaule amie en fin de journée.

Cette idée de résidence a germé après avoir eu la chance de participer deux fois à la résidence autogérée de Ligoure, créée par Marcia Burnier et Sandra Calderan. 2 fois à me retrouver dans un château avec une trentaine de personnes que je ne connaissais quasiment pas. Une situation d’inconfort intense, mais avec le bon état d’esprit : un sacré étirement, créatif et social. Vivre en communauté à dix c’est déjà quelque chose, mais alors à 30... cuisiner pour 30, manger à 30 dans la même pièce, parler devant 30 personnes, parler à 30 personnes différentes. À chaque fin de Ligoure, je suis repartie épuisée mais remplie, un heureux mélange.

Plus tard, j’ai été invitée à une micro-résidence sur une journée, organisée par Nathalie Sejean, Chien fou et Hélène Bek. C’était sur une péniche, on avait travaillé, discuté, partagé. Ça avait été simple et joyeux, là encore j’ai rencontré des personnes trop chouettes, et c’est ce moment-là je crois, qui m’a fait me dire : ça doit demander un peu d’orga, mais ça doit être possible de faire un truc.

Parce que c’est trop cool d’être invitée à ces moments : à chaque fois je me suis sentie valorisée (surtout, résister à la tentation de battre des cils comme une ingénue en répondant « Comment ? Moi ? Digne de votre compagnie ? Vous plaisantez... »), et c’est royal d’arriver quelque part et de n’avoir rien de plus à faire que kiffer (et participer à la vie commune, mais tout le reste a déjà été géré). Sauf que Ligoure, c’est tous les 2 ans max si tout se passe bien. Moi, ces moments-là, j’en aurais besoin tous les ans minimum : des moments où m’extraire de mon quotidien, de mes responsabilités domestiques aussi, pour pouvoir juste kiffer (= créer, parler de création). Alors au bout d’un moment, il s’agit de prendre son destin en main.

J’avais envie de proposer une expérience similaire au membre de mon groupe. Ligoure m’avait donné plein de clés, plein d’outils. Les appliquer pour une version réduite, 10 ou 12 personnes : ça allait être facile. Et grâce à Anaïs ma partner in crime depuis 10 ans, ça l’a été. Le premier séjour s’est si bien déroulé qu’on a calé les dates du second avant de se quitter, et pareil pour le deuxième. On a trouvé un lieu, récolté les fonds, établi un menu, bâti un programme, en espérant qu’une fois sur place, ça clique. Ça a cliqué à chaque fois. Ça clique hyper bien.

On a cuisiné, mangé, bu des tisanes et des cafés, on a fait des ateliers pour avancer dans nos projets ou juste pour tester autre chose, on s’est baladé·es dans la campagne, on a lu un Harlequin ensemble, il y a eu une partie de jeu de rôle, de la peinture. Il y a eu des siestes, des larmes, du yoga, des moments de solitude choisie, des fous-rire, de la pluie, du soleil, des pancakes, des textes lus jusqu’au frisson collectif. On a été ensemble. On a créé ensemble. C’était beau, c’était fort, j’en veux encore. (Alors je vais recommencer, encore et encore, jusqu’à me lasser.)

Pourquoi résidence, et pas retraite ?

On a eu ce débat avec mon groupe, et on n’est tellement pas ressorti d’accord de ce débat (parce qu’on est des personnes différentes aux vies différentes) qu’on a fabriqué le mot « résitraite » pour conjuguer nos deux visions. Mais je vais quand même vous expliquer la mienne :

Pour moi, la « retraite » (de yoga, d’écriture), c’est un moment où on s’extrait du quotidien (et du monde) pour prendre soin de soi d’une manière qui nécessite d’avoir vraiment pas mal de thunes. Regardez un peu l’offre sur le marché capitaliste, vous trouverez des retraites de quelques jours dans des endroits magnifiques, plusieurs centaines d’euros minimum (trajet non compris), possibilité de payer + cher pour avoir une chambre solo. Quelqu’un·e cuisine pour vous, c’est à peine si vous avez à débarrasser la table après vos repas. Je me suis offert une retraite de yoga en 2021, c’était un moment certes magique, mais aussi très luxueux. Comme des vacances à thème.

Dans le mot « résidence », je place une implication différente. C’est pas des vacances, on est là pour bosser, même si ce sera forcément plus agréable que bosser à la maison. La pratique créative est au cœur du moment, elle est sa raison d’être, exactement comme pour une résidence « officielle », sanctionnée et subventionnée par une institution. Sauf que là, on n’attend pas d’être reconnu·es comme artistes pour se créer un moment entre artistes. Quand je pars en résidence autogérée, je ne m’extrais pas du monde : je pars à sa rencontre avec ma créativité comme prisme, ce que je ne peux pas faire tous les jours de ma vie. Et puis c’est tellement pas des vacances de luxe qu’on a bossé pour fabriquer ce moment, et que sur place, on va travailler ensemble : on va éplucher des carottes, on va vider le compost, on va passer un coup de balai.

Tout comme je milite pour que toutes les personnes qui ont une pratique assidue de l’écriture se décrivent comme « écrivain·es » (statut de publication « officielle » nonobstant), je milite pour que le mot « résidence créative » trouve sa place dans nos vocabulaires. Ce qu’on fabrique, c’est du sérieux.

Un tuto pour organiser votre propre résidence créative

Je me dis qu’il doit y avoir parmi vous des gens qui ont envie de ce genre de moments privilégiés. Je suis sûre que vous êtes nombreuxses à me lire et à penser, si seulement j’avais plus de temps pour écrire (peindre, danser, whatever).

Je suis venue vous dire qu’il est peu probable que ce temps vous soit offert sur un plateau, et que la meilleure manière de le trouver, c’est de le fabriquer.

C’est pourquoi j’ai réalisé un zine tutoriel sobrement appelé 6 conseils pour organiser une résidence d’écriture autogérée. Il s’adresse aux noobs de l’organisation d’événements en collectifs, se base sur mon expérience de Ligoure et des résidences de la Guildeforge, et sur mon petit cerveau de control freak. Il donne des conseils sur comment trouver un lieu, qui inviter, quoi faire sur place, à quoi penser en amont.

Couverture du zine 6 conseils pour organiser une résidence d'écriture autogérée
Beau gosse, non ? (bon.)

Cliquez ici pour le télécharger. Il a été pensé pour être imprimé en A3, car j’avais beaucoup de choses à dire, et si vous l’imprimez en A4 il sera probablement illisible, mais vous trouverez une version PDF lisible (même si de basse qualité) dans le sens de la lecture également. Je vais peut-être en mettre quelques exemplaires physiques en vente sur ma boutique – on se tient au jus, je n’ai pas encore fait les calculs.

Si vous cliquez sur les liens dans le paragraphe ci-dessus, vous tomberez sur les documents direct. Si vous voulez en savoir + sur le process d’élaboration de ce zine, vous pouvez cliquer sur le bouton ci-dessous qui vous mènera au post de blog qui accompagne le zine, comme chacun de mes zines cette année.

Lire le blog

C’est tout pour aujourd’hui. J’espère que vous allez bien. Je me dis qu’on perd rien à se rassembler pour faire ce qui nous fait vibrer.

– Pauline

PS : en ce mois des Fiertés, je vous propose de remporter 3 exemplaires dédicacés (par moi uniquement, malheureusement) de l’ouvrage collectif Bi·es. Pour ça, il suffit de cliquer sur n’importe laquelle des réponses au sondage ci-dessous. Je tirerai au sort parmi les répondant·es le 12 juin et contacterai les gagnant·es dans la foulée.

Voulez-vous tenter de gagner un exemplaire de Bies ?

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Happy Pride !

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