Un invincible été logo

Un invincible été

Archives
S'abonner
1 février 2026

Sortir des algorithmes : une proposition

Où l'on cherche à reprendre contrôle sur nos usages du web.

Salut,

C’est encore une longue newsletter, avec un bouton pour lire la suite en ligne et éviter de passer dans vos spams. Et avec une version audio ! (Là, j’espère que ça vous montre bien le nouvel épisode, et pas le précédent. Bon, écoutez, on tâtonne ensemble.

Depuis quelques mois et particulièrement depuis le début de l’année, plusieurs choses ont changé dans ma pratique du web. J’ai réinstallé l’app One sec sur mon téléphone. Je n’ai plus de compte Netflix.1 J’ai quitté Spotify. Ces simples actes de désinvestissement ont fait bouger des lignes qui commençaient déjà à trembler. En réfléchissant sur l’IA pour la newsletter de janvier, je me suis mise dans un mouvement de grand questionnement. Comme le disait si justement mon amie Nine : « Si l'attention est un don, pourquoi en fais-je cadeau à des entreprises que je déteste et des personnes qui me sont inconnues ? ».

Le questionnement part aussi d’un constat : j’adore internet. J’adore y vivre, y réfléchir, y faire des rencontres. Des années de cyberharcèlement et la globale merdification du web n’auront pas eu raison de cet amour. Mais notre relation est en passe de devenir franchement toxique. Pourquoi le sentiment de liberté, de milliards de possibilités, que j’avais plus jeune en me connectant sur le portail AOL (!!) s’est-il peu à peu transformé en sensation claustrophobique de subir autant ? Pourquoi est-ce que j’étouffe en ligne ?

Où est passé mon amour pour le web ? Il a été broyé par les algorithmes

Depuis que j’ai remis One sec sur mon téléphone, je suis repassée à environ 5 min d’Instagram par jour et l’effet est drastique : je ne veux pas y passer plus de temps.2 Je me fais réfractaire aux changements, parce que les changements vont dans une direction qui me déplaît. La messagerie qui change d’emplacement, les reels accessibles d’un simple swipe que je ne veux jamais faire, l’écran de composition de story qui a désormais un bouton IA sur lequel je ne cesse de cliquer sans faire exprès... tout. me. gonfle.

Et c’est sans compter évidemment ce fameux algorithme nébuleux, celui dont tout le monde se plaint sans jamais parvenir à lui échapper. L’algorithme qui censure les contenus féministes, LGBT, progressistes, qui pousse au contraire des contenus racistes, sexistes, mensongers. L’algorithme qui ne vous montre jamais ce à quoi vous êtes abonné·e.

Un matin, je me suis demandé : est-ce que je vais vraiment passer ma vie à râler en scrollant sans fin, dans l’espoir de croiser enfin les posts de gens dont j’admire le travail, entre les pubs et les contenus choquants mis en avant par des machines ?

Au début, j’ai adoré avoir Netflix. À mesure que l’offre s’est diversifiée, pour voir ce que je voulais en un clic, j’ai eu des comptes sur plusieurs services de streaming en ligne. On a mutualisé des abonnements, et soudain on a eu accès à des millions de films, séries et documentaires qui étaient auparavant impossibles à regarder légalement.3 Un formidable eldorado, ou un mirage qui s’est vite estompée. J’ai passé beaucoup trop de temps à faire défiler un catalogue infini sans réussir à arrêter mon choix sur une merdouille grisâtre, peu intéressante et mal jouée, parmi des milliers d’autres. De plus en plus, je suis retournée sur Netflix & co pour voir ce que je connaissais déjà : revoir Orgueil & Préjugés pour la millième fois, par exemple. Je n’ai fait aucune découverte bouleversante sur un site de streaming grâce à la mise en avant du site lui-même.

Je me suis progressivement désinvestie de ces plateformes, qui comme Instagram plus haut, ont commencé à montrer leur vrai visage. Prime Video cale des pubs en pre-roll quand bien même le contrat tacite d’Internet a toujours été : si tu payes, la pub saute. Netflix interdit désormais le partage de compte. Disney paye des milliards pour fricoter avec OpenAI, et qui sait ce que ça augure pour les contenus natifs sur la plateforme Disney+.

Un matin, je me suis demandé : est-ce que je vais vraiment passer ma vie à regarder d’un œil, tout en scrollant sur mon tél de l’autre, des séries bof qui m’auront été mises devant les yeux par une machine ?

Il a fallu le temps que je me décide, mais quand j’ai quitté Spotify, j’ai aussi rompu avec son algorithme. Ça faisait plus de 15 ans qu’on était ensemble, lui et moi – puisque ça faisait pile 15 ans que je payais un abonnement pour avoir accès à toute la musique du monde-ou-presque en illimité. Pourtant, depuis quelques temps, quand venait l’heure du très honni Spotify Wrapped, mon top de l’année contenait systématiquement toujours les mêmes chansons. 15 ans d’avoir accès à toute la musique du monde, quelques 86 000 minutes d’écoute par an, et j’écoute les 100 mêmes trucs en boucle, jusqu’à la nausée.

Avec une utilisation aussi forcenée d’un système de streaming de musique4, je ne pouvais pas quitter Spotify et redevenir célibataire. Je suis passée sur Deezer, qui rémunère un peu moins mal les artistes et dont les dirigeants ne sont pas (à ma connaissance) des sacs à merde notoires. J’ai entamé une nouvelle relation, avec un nouvel algorithme, qui ne me connaît pas du tout. J’ai beau avoir importé mes playlists depuis Spotify, je ne les ai pas encore assez écoutées, alors quand j’essaye une playlist générée « pour moi », je me retrouve avec certes pas mal de choses que je ne connais pas, et au début c’était un peu rafraîchissant, mais aussi pas mal de trucs assez convenus, qui ne correspondent pas à mes goûts.

Un matin, je me suis demandé : est-ce que je vais vraiment passer ma vie à écouter de la musique que j’aime bof et qui m’aura été mise dans les oreilles par une machine ?5

À chaque nouveau matin de désillusion face à un Internet du futur impraticable, fascisé et opaque, j’ai eu le choix entre me morfondre, ou chercher à améliorer mon triste sort. J’ai alors refait la découverte d’outils que j’avais utilisés par le passé, avant qu’ils me soient rendus obsolètes par l’illusion de la toute-puissance de la tech.

Cette lettre est une invitation à une sortie collective des algorithmes pour remettre de l’humain dans nos pratiques numériques, tout en reprenant le contrôle sur la manière dont nous faisons cadeau de notre attention, quand nous utilisons le web.

En ce toujours début d’année, en espérant que vous avez encore en vous un reste d’énergie post-nouvelles résolutions, laissez-moi vous chanter les louanges de vieilles technologies qui n’ont pas cessé de marcher parce qu’on les a oubliées. J’ai nommé les blogs et leurs flux RSS, les listes de recommandation, et les services de curation.

Les blogs pour s’exprimer, les flux RSS pour écouter

Pour moi, l’âge d’or d’internet se situe pile au moment où j’y ai eu un accès illimité et sans supervision – c’était aussi l’âge d’or des blogs. J’en ai eu des dizaines, sur Skyblog, sur Tumblr, sur Overblog et WordPress, avant de créer en 2011 celui qui me suivrait ensuite un peu partout. J’ai changé de nom de domaine plusieurs fois, et ça fait 15 ans que je déménage des archives (parfois privées) pour être sûre d’en garder trace. Depuis 2021, mon blog est hébergé sur mon site personnel, à paulineharmange.fr/blog, et je n’ai jamais cessé d’y poster – même si depuis cette date et jusqu’à cet hiver, c’était surtout de l’archivage de textes que je postais sur Instagram ou que j’écrivais en ateliers d’écriture (certains accessibles uniquement aux abonné·es Premium à cette newsletter).

En constatant, courant 2020, que les blogs étaient moins consultés et que ma newsletter marchait bien, j’ai progressivement migré mon écriture régulière et publique sur le format newsletter. Je ne regrette pas ce choix, mais je suis aussi très heureuse de n’avoir jamais supprimé mon blog, que je commence à réinvestir progressivement.

J’y explore deux démarches différentes. Avec l’infolettre, je m’invite dans vos boîtes mail pour qu’on ait une conversation. C’est aussi une partie de mon travail (celui qui me rapporte de l’argent), nous avons passé comme un contrat : une régularité prévisible, une longueur à peu près constante, une ligne éditoriale annoncée. C'est pour moi le moyen le plus sûr pour ne pas parler dans le vide, et pour vous tenir au courant de mon actualité.

Sur mon blog, je poste ce que je veux, quand je veux, dans le format que je veux, et si vous avez envie de me suivre, c’est à votre rythme aussi. Plutôt que de frapper à votre porte pour demander un peu de votre attention dans votre espace, j'ouvre la mienne et vous propose de visiter le mien.

En défense des longs posts et des opinions pas tranchées

Au contraire, les réseaux sociaux nous tiennent captifs d’une logique de réactivité et de marchandisation de nos pensées. Il faut réagir très vite pour être en phase avec l’actu brûlante – quitte à être la 150ème personne à faire un post pour se réclamer #SaleConne. La valeur de ce qu’on met dans le monde se mesure alors à l’engagement qu’il génère : combien de likes, combien de partages ?

Au départ, Twitter, c’était 140 caractères, puis 280, sur Bluesky on est à 300. Instagram, c’était une photo. Puis dix, maintenant 20. C’est restreint, c’est tronqué. On ne peut pas utiliser les mots importants parce qu’ils risquent de nous faire tomber aux oubliettes6. Avant les hashtags à la mode (souvenir ému des #TrendingTopics) nous promettaient une visibilité, maintenant on se plie aux règles obscures de l’algorithme. Montrer nos têtes ou nos chats avant de parler de génocide ou même simplement de nos lectures préférées7, utiliser des mots-clés ciblés mais sans # car ce n’est plus la mode, je ne sais même plus quoi d’autre tant c'est difficile à suivre.

Ces règles, qu’elles soient claires ou tacites, modifient la manière dont notre pensée se déroule, se déploie. Si je n’ai que 300 caractères pour m’exprimer, mon opinion risque de ne pas d’être très nuancée. Si je dois poster un selfie pour parler du dernier livre que j’ai aimé, le temps que je passe à faire un selfie qui me convienne est peut-être du temps en moins pour formuler une pensée intéressante sur le livre que j’ai pourtant aimé.

Sur un blog, il n’y a ni limite de caractère, ni censure arbitraire, ni algorithme à décrypter. Il y a un éditeur de texte, un curseur qui clignote, et toute la place, tout le temps que je veux, pour raconter ce que je veux, comme je le veux. Ça veut dire que je peux poster un poème sur la maternité, une galerie de livres que je vous recommande, un article sur ma fatigue féministe, ou un article sur les romans féministes.

Je peux partager des expérimentations, j’ai de la place pour explorer le doute, je peux me poser des questions à voix haute : j’ai du temps à la fois pour formuler des idées construites et pour reconnaître que je ne sais pas, que je n’ai pas compris, que je ne suis pas sûre. J’ai aussi le temps de me taire. Parce que je ne vais pas disparaître si je ne poste pas toutes les minutes pour dire à l’algorithme « je suis toujours là ! ».

Personne pour me dire que ce n’est pas comme ça qu’on utilise cet espace.

C’est mon espace.

J’en fais ce que je veux.8

Les réseaux sociaux nous sont pas à notre service

Combien de fois va-t-on encore demander à nos abonné·es de « mettre un like ou un petit commentaire » sur un post, avant même de l’avoir lu, pour faire comprendre à l’algorithme que notre proposition a de la valeur — et lui faire remplir ce qui était, à la base, la promesse des réseaux sociaux, à savoir montrer notre travail au plus grand nombre ?

Car c’est une des raisons de la désuétude des blogs : on nous a fait croire, et c’était peut-être vrai au début mais ça ne l’est plus tellement, que les réseaux sociaux allaient fédérer des communautés, qu’aucun de nous n’allait plus jamais écrire / dessiner / réfléchir dans le vide. Que ces plateformes trouveraient pour nous les échos nécessaires à l’échange humain.

Ce qui s’est passé, en réalité, c’est que des centaines, des milliers de personnes qui avaient déjà une communauté engagée et fidèle (même une petite communauté, si elle est engagée et fidèle, a une valeur dingue) sont allées la prêter aux réseaux sociaux et aux marques qui s’y sont déployées rapidement. Évidemment, des communautés se sont aussi construites en premier sur les réseaux sociaux, je ne vais pas le nier, et elles ont grandi de manière impressionnante.

Mais depuis qu’il existe des bots, la possibilité d’acheter des followers, depuis qu’on voit des comptes à 100 000 abonné·es n’avoir que 200 likes et 5 commentaires sous un post, est-ce qu’on est vraiment sûr·es qu’on a arrêté de crier dans le vide ?

Le coup de maître des réseaux sociaux, mais également son coup de traître (tout dépend du prisme par lequel on le regarde), ça a été de nous mettre toutes et tous au même endroit. Pour voir le travail de tous mes artistes préférés, plus besoin de cliquer dans mon dossier de favoris un par un tous les jours, toutes les semaines. Instagram me montre leurs nouveaux posts dès que je me connecte, et ça tombe bien je me connecte 48 fois par jour. Le fait que je regarde à peine leur œuvre, tronquée et en basse définition sur mon petit écran de téléphone, avant de mettre un like-réflexe et de scroller, me traverse l’esprit plusieurs fois. Mais c’est tellement pratique !

Une fois toustes enfermé·es sur les mêmes plateformes, on a vu arriver l’inévitable au pays du capitalisme : les pubs toutes les deux secondes, les contenus sponsorisés (= encore des pubs), des choix de fonctionnalités et de design clairement plus du tout faits pour les utilisateurices, mais pour les entreprises qui payent cher un accès à notre attention, ainsi qu’à nos données. Ça fait maintenant des années qu’Instagram ne me montre plus les œuvres de toustes les artistes que je suis.

Vous savez ce qui continue à me montrer toutes les œuvres de toustes les artistes que j’y suis ? Mon agrégateur de flux RSS. En voilà un qui ne m’a jamais lâchée.

C’est quoi un agrégateur de flux RSS ?

J’utilise depuis peu le logiciel NetNewsWire, qui se décrit ainsi sur son site :

It’s like podcasts... but for reading.

Ce qui me fait sourire parce que si vous écoutez des podcasts, vous utilisez déjà un agrégateur de flux RSS. Les émissions de podcasts, comme des tas d’autres contenus en ligne, ont des flux RSS, et votre app de podcast préférée n’est rien d’autre qu’un agrégateur de flux RSS doté d’un player pour lire les fichiers publiés sur les flux de vos émissions.

Disons que les sites qui vous intéressent sont des stations de radio, qui diffusent quand elles le veulent des émissions, c’est-à-dire du nouveau contenu. L’agrégateur de flux est le poste de radio qui les capte, via les flux RSS qui sont l’équivalent des ondes radio.

Ainsi, un agrégateur de flux est un petit logiciel où vous enregistrez les adresses des sites qui vous intéressent, et qui va se charger de récupérer les flux RSS des nouveautés publiées sur ces sites.

Exemple concret :

Capture d'écran de mon NetNewsWire

Vous pouvez voir que je suis plein de sites différents, que j’ai rangés dans des catégories qui me parlent. Il y a un peu d’actu, des blogs, des blogs de cuisine, des journaux d’écrivaines, des artistes qui publient des dessins, des réflexions sociales, et puis des vidéos. Je suis abonnée aux flux RSS de plein de newsletters Substack, ce qui m’évite de passer du temps sur l’app que je déteste, et me permet de sortir de ma boîte mail, où l’appel des mails pro est terrible. Vous pouvez, vous aussi, lire Un invincible été sur un agrégateur de flux. (Je reste abonnée aux newsletters pour ne pas disparaître des fameuses stats, par solidarité.)

L’immense majorité des sites personnels, des blogs, et beaucoup d’autres sites, ont des flux RSS. Le Monde a une liste de tous ses flux RSS ! Libération aussi ! Et oui, les chaînes YouTube ont des flux RSS (plus besoin de râler que l’algorithme de YouTube ne vous montre pas ce à quoi vous êtes abonné·e même en mettant la foutue cloche !), les newsletters ont des flux RSS, mon blog, le vôtre (car vous allez en créer un, n’est-ce pas ?), tout le monde ou presque a un flux RSS !

Ne soyez pas Anakin, svp.

N’ont pas de flux RSS car ce n’est pas du tout dans leur intérêt : les réseaux sociaux. Ni Instagram, ni TikTok, ni Twitter (mais que foutez-vous encore sur Twitter).

C’est ma méthode pour tendre l’oreille vers le monde. Pour ça, je remercie infiniment les gens qui n’ont jamais laissé tomber leurs blogs – je pense notamment à Marie Gilles sur La Lune Mauve, qui pratique le blogging avec la rigueur et la générosité d’antan. Grâce à elle, j’ai retrouvé le plaisir de surfer de liens en liens, et j’ai notamment dévoré quelques unes des références qui m’ont servie à écrire cette newsletter. Je pense aussi aussi à Ninn Salaün qui poste ses belles peintures numériques sur son blog tous les jours. Peintures que je ne loupe plus jamais, alors qu’Instagram ne me les montre plus depuis belle lurette.

Produit vs. Offrande

Si je m’agace autant des complaintes contre les algorithmes, c’est parce qu’elles me semblent mettre le projecteur sur une façon très particulière de voir l’échange en ligne.

Depuis que sur les réseaux, on a accumulé des communautés qui ont été réactives, le sont peut-être un peu moins aujourd’hui, et qu’on a fait de ces sites nos premières plateformes d’expression, j’ai l’impression qu’on a oublié ce qui faisait, pour moi, la grande beauté du web des blogs. La passion et la générosité.

Avant la pandémie, j’ai passé des dizaines d’heures à comparer des dizaines de tapis de yoga pour m’aider à faire un achat pour ma pratique perso. Je me suis dit que ça pouvait peut-être aider d’autres personnes que moi, alors j’ai compilé mes recherches et je les ai publiées sur mon blog. Une dizaine, peut-être une vingtaine, de gens m’ont remerciée d’avoir fait ce travail, et l’article est resté un des mieux référencés, et donc un des plus visités, de mon blog pendant des années. (Il n’est plus en ligne car de nombreuses références ne sont plus valides.)

J’ai fait tout ça parce que j’avais envie. Ça m’a fait plaisir, et personne ne l’aurait lu, ni commenté, c’était pareil.

Personne ne m’avait rien demandé. Alors, et même si je n’avais pas gagné d’argent (même pas un petit code promo !) ni beaucoup augmenté mon audience, je n’ai pas pensé : « pff, dire que j’ai travaillé tout ce temps pour rien ». J’avais travaillé tout ce temps pour moi et aussi pour mettre au centre les connaissances que j’avais accumulées, avec leurs points faibles et leurs biais.

J’avais fait une offrande au groupe. Libre au groupe de s’en saisir ou pas.

Sur les réseaux, nous sommes constamment confronté·es à l’obsolescence programmée de nos offrandes. Nous travaillons vite et dur pour créer des pensées efficaces ou des images calibrées, qui sont devenus des produits de consommation : des contenus, souvent aussi vite vus qu’oubliés (que reste-t-il du contenant ?). Quand nous les postons sur Instagram, sur TikTok, nous attendons un résultat. Pour certain·es d’entre nous, ce résultat conditionne notre subsistance : c’est un problème.9 Quand le résultat n’est pas à la hauteur du temps et de l’énergie investies, quand notre production ne rencontre pas le succès attendu, il est tentant de bouder. Cette audience que nous avons, n’est-elle pas satanément ingrate, à ne pas nous soutenir plus, alors que nous lui donnons tant et gratuitement ?!

N’est-ce pas triste, que nous en soyons réduit·es à cette posture doublement bâtarde, de quémander des likes pour nous rassurer sur la valeur de notre contenu (ou pour remplir le frigo), tout en considérant notre production comme absolument incontournable ?

Rien n’est absolument incontournable. Et la viralité n’a aucune valeur intrinsèque.

Quand j’avais une page Tipeee pour mon blog, j’étais extrêmement gênée par les terminologies utilisées dans ce milieu (et là je parle vraiment d’un ressenti personnel). Je ne voulais pas qu’on soutienne mon travail. J’avais une conscience aiguë, que je n’ai pas perdue, du fait que mon travail, ce n’est pas de la chirurgie à cœur ouvert. Que personne ne m’a demandé d’écrire régulièrement, ni en ligne, ni des livres. Que celleux qui me lisent me font le cadeau de leur temps, de leur énergie. Je suis devenue un peu moins psychorigide de la formulation, mais vous remarquerez que je ne l’utilise quasiment jamais.

Je vous propose régulièrement de payer pour accéder à plus de contenu. Celleux qui le font permettent à la newsletter gratuite de le rester. Je suis transparente sur la part de mes revenus que constitue la newsletter, mais je suis aussi très au clair avec moi-même : si cette part baissait, je trouverais d’autres manières de subsister. Je n’arrêterais jamais d’écrire gratuitement, d’une façon ou d’une autre. C’est mon offrande au monde, et l’argent que je reçois en retour n’est pas un dû.

J’aime penser que je suis quelqu’une de généreuse, et la générosité ne fonctionne pas en vase clos. C’est généreux d’offrir un cadeau, c’est pleinement généreux aussi de l’accepter le cœur ouvert. Si je commence à considérer que parce que je mets du cœur et de l’âme dans le partage de ce qui me passionne, c’est un travail et donc je mérite de l’attention, des réactions, de la croissance (growth), je pervertis mon rapport à ma passion.

En anglais, il y a deux mots pour « mériter » : to deserve, et to earn. Le premier est plus subjectif, il implique qu’on a droit à certaines choses, juste parce qu’on a certaines qualités. Le second laisse entendre des efforts indéniables, du travail acharné. Quand je vous écris, je ne pense pas que je deserve votre attention. J’essaye, à chaque fois, de l’earn.

Les listes de recommandations pour tisser des liens culturels

Tous les ans, mon groupe d’écriture organise un Secret Santa à la recette inchangée : avec un budget de 20€ maximum, nous nous offrons un livre et quelques petites attentions supplémentaires. En amont, chaque participant·e remplit un questionnaire pour définir ses goûts, notamment en lecture. Ça fait plusieurs années que je précise, dans cette case, que j’aimerais que maon Secret Santa m’offre un livre qu’iel a aimé. C’est comme ça que j’ai enfin découvert Becky Chambers, à travers Un psaume pour les recyclés sauvages – et ma vie ainsi a changé.

Ça a été un plaisir très spécial, d’envoyer un message à Marie pour lui dire combien j’avais aimé ma lecture. Lui envoyer ma gratitude profonde, pour le bien que cette histoire m’a fait au moment où je l’ai lu, pour tous mes atomes qui ont changé depuis. J’en ai aussi profité pour remercier mon amie Lucie, qui en avait parlé dans sa newsletter, et avait ainsi porté le titre à mon attention – ce qui fait que quand j’ai ouvert mon petit paquet de Secret Santa, j’avais double-dose d’enthousiasme.

Qui remercier, quand je lis un ebook « recommandé » par ma liseuse ? Quand je regarde un film mis en avant sur la page d’accueil d’une plateforme de streaming ? On nous dit que ces algorithmes sont taillés pour répondre à nos goûts, mais on serait bien naïfs de croire qu’ils ne sont pas faits également pour promouvoir ce qui est le plus rentable pour les services qui les emploient. Encore une fois : les algorithmes ne sont pas nos amis, ne nous veulent pas du bien. Se fichent pas mal qu’on soit vraiment bien nourri·es – seul compte le sentiment d’être rassasié·es. Qualité, quantité, vous voyez le paradigme.

En général, mes ami·es, mes proches, me veulent du bien. Et les personnes dont je suis le travail et qui recommandent gratuitement une œuvre qui les a touchées, le font en général par passion. Alors je tiens des listes.

Capture d'écran de ma liste de reco livres

Vous constatez que je tiens une liste par média. Je tâche de retenir les recommandations qu’on me fait IRL – dès que quelqu’un·e me dit « je suis sûr·e que ça va te plaire », je note. Si on est dans une conversation de groupe et que la personne en parle assez longtemps pour que je comprenne ce qui lui a plu, et que ça me parle, je note. Et si quelqu’un·e dont j’aime le travail parle chaudement d’une œuvre, dans un podcast, une newsletter, une vidéo YouTube, je note aussi. Ce qui compte, ce n’est pas tant d’avoir une recommandation personnalisée, qu’une recommandation incarnée.

Je note toujours la personne qui est à l’origine de la recommandation. Comme ça, si je finis par prendre en main un récit, une histoire, je peux retourner en parler avec la personne qui l’a mise sur mon chemin – et la créditer si je la fais ensuite circuler.

Ça ne veut pas dire que je ne lis ou ne regarde que des livres ou des films/séries qu’on m’a recommandés. Mais j’ai assez de matériau dans ces listes pour ne pas avoir besoin des recommandations d’un algorithme pendant un petit moment – d’autant que bien sûr, la liste est en constante évolution. Je prête l’oreille. Je fais un peu plus attention. Les conversations qu’on a en amont sont plus riches. Et il y a la possibilité d’avoir des conversations en aval. D’échanger sur une œuvre, d’un simple « merci, ça m’a donné à réfléchir » à de véritables discussions qui durent des jours. (Aujourd’hui, par exemple, j’ai discuté des livres d’Austin Kleon avec Nathalie, qui me les a prêtés, et j’ai remercié Marie (la même que Becky Chambers) et Zoé d’avoir mis Braiding Sweetgrass, de Robin Wall Kimmerer sur mon chemin.)

On est cruellement en manque de conversations qui ont lieu sur des bases communes. C’est la raison pour laquelle je tiens autant à mon bookclub, qui nous fait lire le même livre et en discuter ensemble autour d’une grande table. Même quand on ne l’a pas lu en entier, voire pas du tout, on est d’accord pour prendre ce temps, en tant que groupe, pour parler d’un même sujet dans la même optique : le comprendre, comprendre comment il résonne en nous.

Récemment, mon amie Anaïs a partagé ce poème sur notre groupe d’écriture. J’ai surtout retenu la légende qui l’accompagnait :

In 2026, let’s stop asking chat gpt and start asking each other again

Ça vaut pour les grandes questions de la vie, bien sûr (j’en ai parlé en long, en large et en travers le mois dernier), mais ça vaut également pour les choses aussi simples – mais incroyablement importantes – que : « À quelle histoire je devrais accorder mon attention, d’après toi ? ».

Les services de curation pour élargir les horizons

Vous avez écouté The Arctic Monkeys. *Vous aimerez peut-être * The Strokes, Franz Ferdinand, Kaiser Chiefs, The Black Keys, Bloc Party.

C’est tout à fait vrai. Comment je le sais ? Parce que je les connais déjà. J’ai poncé tous ces groupes pendant mon adolescence, puis je les ai poncés pendant 15 ans d’usage de Spotify. Je me suis enfermée dans l’écoute mécanique de tout ce que je connais déjà.

Mes découvertes musicales, ces dix dernières années, ne se sont jamais faites via un algorithme. C’est avoir tendu l’oreille pendant une séance de tatouage et demandé « c’est quoi, ça ? c’est cool ! » (Boss Bitch de Doja Cat, entendu chez Chien fou). C’est avoir regardé les crédits d’une série pour en trouver le compositeur (Max Richter, avec The Leftovers). C’est avoir cliqué sur un lien dans une newsletter (Five Minutes par Her, Colors version, de clic en clic après une lettre de Cécile Doherty-Bigara).

Pour ce qui est de la musique, et d’une certaine manière pour les productions audio-visuelles aussi, je suis intimement convaincue que les algorithmes nous enferment. Dans ce qu’on connaît, ce qui ressemble à ce qu’on connaît, ce qui nous rassure. C’est super dans plein de cas, et je suis la première à aimer me réfugier dans les genres, les sons, les histoires prévisibles, quand j’ai besoin de réconfort.

Mais ça ne marche pas du tout pour élargir ses horizons. Plonger dans l’inconnu, donner sa chance à ce qu’on n’aurait jamais imaginé pouvant nous plaire. Dans une lettre précédente, j’ai parlé des librairies Myriagone et Fracas, qui opèrent une curation très pointue sur les livres qui sont mis en rayon. J’en parlais comme d’une manière d’être mis face à la potentialité du bouleversement.

C’est dans cette optique aussi que je me suis mise à écouter Fip et Radio Tempête, plutôt que les playlists générées pour moi par l’algorithme de Deezer. Je passe beaucoup de musique en travaillant, comme une bande-sonore qui n’a pas souvent besoin d’être connue, ni aimée. Je reconnais que je n’ai pas une attention pleine et entière à ce qui passe, et ça tombe bien : c’est à ça que ça sert, la radio. Mais je reconnais aussi que je me suis tournée vers ces radios, parce que ce sont des radio humaines, avec de vraies gens à la programmation, ce qui assure une véritable patte à la diffusion.

Elles diffusent de la musique que je connais, et un sacré paquet de musique que je ne connais pas du tout. Quand je suis concentrée, l’inconnu me berce et n’interrompt pas mon flow. Et une fois de temps en temps, un titre attire mon attention – je vais voir ce que c’est. Je le mets dans mes favoris, et j’y reviens plus tard pour aller l’explorer. Quasi systématiquement, ce qui attire mon attention est ce que je n’ai jamais entendu – quand Fip passe du Grease, je chantonne, mais ça ne m’interpelle pas plus que ça. Quasi systématiquement, quand je retourne creuser, je réalise que le titre que j’ai mis en favori est d’un artiste vraiment méconnu. L’impression d’avoir trouvé une pépite d’or dans une rivière.

Capture d'écran de mes derniers favoris chez Fip

(C’est ainsi que je suis tombée sur P’tit Belliveau, et sur Mounir Otai (je suis sa 36ème fan sur Deezer !). Je répertorie mes trouvailles préférées faites grâce à Fip dans cette playlist.)

Fun fact : j’essaye de vous proposer des alternatives efficaces pour découvrir de la musique, et toutes mes recherches internet donnent le même résultat. Toutes les alternatives aux plateformes de streaming algorithmiques sont, d’une manière ou d’une autre : des radios.

Ma proposition est la suivante : en remettant des humain·es dans la routine qui nous met sur le chemin de nouveaux musiciens, de nouvelles réalisatrices, nous nous extirpons d’un système de consommation de contenus. Nous redonnons à la musique, aux films, aux séries, leur statut d’oeuvres, aux personnes qui les ont créées, leur identité d’artistes. Aux personnes dont c’est le métier ou la passion de les mettre en avant, leur importance.

Après tout, dans les musées, l’agencement des collections sont pensées par des êtres humains – qui sont appelé·es « conservateur·ices » en français, mais « curators » en anglais. Curator, ça vient du latin curare : prendre soin – on retrouve l’idée de l’attention humaine portée à la collection, à la sélection, à sa mise en avant.

Conclusions

Il s’agit de ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier

Je ne suis pas là pour vous dire de fermer vos comptes sur tous les réseaux sociaux – je ne compte pas fermer les miens. Je suis bien consciente que les réseaux sociaux ont créé et entretiennent des liens précieux, nous permettent de nous tenir au courant, font partie de nos routines.

Je suggère simplement qu’en sortant des automatismes algorithmiques, il est possible de retrouver un équilibre, et même une joie, dans nos usages du web et qui semblent manquer à beaucoup de gens. Je continue de faire mon petit tour sur Instagram quotidiennement, à shitposter sur Bluesky. Je continue à parler de mon travail sur ces plateformes. Simplement, ce ne sont plus mes moyens premiers d’expression, alors quand un post fait un flop, si mon compte saute, si je suis shadowban, quoi que cela veuille dire : je n’y ai joué ni ma subsistance ni mon ego.

Et je me sens quand même vachement mieux comme ça.

Le web de nos rêves existe déjà, il suffit d’y participer

Je suis d’accord qu’on n’a pas de contrôle direct sur grand-chose, dans la vie – encore moins sur l’actualité, sur la politique, sur l’économie. Je comprends qu’on se sente dépossédé·e de beaucoup, et impuissant·e face à tant d’autres.

Mais je suis là pour vous dire que vous avez le contrôle direct sur la manière dont vous pratiquez l’Internet. Il ne tient qu’à vous, qu’à nous, de réinvestir les blogs – d’en écrire à nouveau, de les lire à nouveau. De diminuer la part des algorithmes dans nos vies, de réduire leur mainmise sur nos temps de cerveau disponible, si précieux que le capitalisme dépense toujours des fortunes pour se l’accaparer.

Parce que oui, l’attention est une ressource finie. Alors, à qui voulons-nous en faire cadeau ?

Ressources pour sortir des algorithmes :

Suivre des flux RSS

  • NetNewsWire, surtout pour les utilisateur·ices Apple (synchronise sur tous les appareils avec iCloud)

  • Feedly

  • Feeder (Les 2 dernières options ont des tiers gratuits parfaitement acceptables, mais aussi des tiers payants et, malheureusement, des options de résumé par IA)

Créer un blog

  • WordPress, une solution gratuite en 1 clic, évolutive si vous voulez ensuite votre propre nom de domaine (c’est ce que j’ai fait)

  • Medium est gratuit, mais pas open-source

  • Tumblr existe toujours ! Vive Tumblr.

Découvrir de la musique, des films et des séries

  • Fip est une radio du groupe Radio France

  • Radio Tempête est une radio associative, 100% femmes, personnes trans et non-binaires

  • Mubi est un service de streaming dont le catalogue et les mises en avant sont pensées par des humains

  • Arte propose une sélection gratuite et extrêmement qualitative, de films et de séries (regardez Samuel ! Lovesick !)

  • Anaïs se fait des films, le podcast cinéma d’Anaïs Bordages, où elle parle avec beaucoup de chaleur des films qu’elle a aimés

  • La newsletter de l’horreur, écrite par Taous Merakchi et dispo à partir de 2€/mois, pour tout savoir sur l’actualité de l’horreur

Utiliser les réseaux sociaux en conscience

  • L’application One sec, pour limiter les usages

  • Comprendre le Fédivers, ou comment être en réseau de manière ouverte et décentralisée

  • L’atelier Partager son travail en ligne, de Nathalie Sejean

Générique de fin

L’écriture de cette newsletter a été nourrie des lectures suivantes :

  • The best way to read the internet, une newsletter payante d’Austin Kleon

  • Keep Going, un livre d’Austin Kleon

  • The Case for Blogging in the Ruins, un article sur le blog de Joan Westenberg

  • How to Surf the Web in 2025, and Why You Should, un article du blog Raptitude

Les points techniques sur le RSS ont été vérifiés par Mahrez.

Je vous dis à bientôt,

— Pauline

PS : quelques nouvelles.

  • le 4 février, ma nouvelle Aucune notification ressort au sein d’une belle anthologie chez Flammarion Jeunesse. + d’infos ici

  • le 12 février, je suis à la bibliothèque François Villon (Paris 13) pour parler de mon parcours dans l’édition avec la librairie Un libre et une tasse de thé. + d’infos ici


  1. J’aimerais dire que j’ai quitté tous les services de streaming en ligne, la réalité est que je paye toujours une part d’un abonnement à Disney+ pour avoir un accès illimité aux épisodes de Bluey en français (et je ne l’utilise que pour ça). Je partageais un abonnement Netflix, mais on a été repérés par les robots et je n’y ai plus accès. Je ne l’utilisais plus depuis des mois. ↩

  2. D’ailleurs, ami·es et connaissances, je vous en conjure : si vous voulez qu’on ait une conversation ensemble, ne la commencez pas dans les DM Instagram 😭 ↩

  3. Dans cette newsletter se cache en sous-texte une invitation à faire preuve de créativité. Je vais partager des outils légaux et gratuits pour sortir des algorithmes, mais j’espère si vous avez lu ma newsletter sur l’IA que vous savez combien je ne suis pas contre le piratage. ↩

  4. J’écoute de la musique toute la journée en travaillant, et souvent plusieurs heures le soir en faisant la cuisine, en dînant. ↩

  5. J’ai beaucoup dit « par des machines » parce que le côté opaque et illisible des algorithmes est vraiment dépersonnalisant, déshumanisant. Mais ne nous voilons pas la face, hein, les algorithmes sont codés par des êtres humains, qui répondent aux directives d’autres humains plus puissants. ↩

  6. Levez la main si vous aussi, vous en avez marre de voir des « seks », « 🟣 » et autre « G4z4 » qui viennent couvrir d’une ridicule pudibonderie des informations souvent cruciales. Perso, j’en peux plus trop d’avoir l’impression que les personnes (ultra bien intentionnées) qui utilisent ces tactiques pour éviter la censure (et/ou le shadowban) me prennent pour une idiote qui s’effaroucherait de mots qui décrivent le réel. ↩

  7. « I used to post about my reading quite a bit on Instagram. I haven’t done it as much lately, for a couple of reasons. The main one is that Instagram basically won’t show a photo unless it features a face, and most of the time, I don’t want to show my face. If I’m trying to talk about a book, then I’d rather show the book, you know? But then that means the algorithm buries my post. I’m tired of having to play mind games with an app. » – Clémence Michallon dans sa newsletter https://clemencemichallon.substack.com/p/my-year-of-reading-and-relaxation ↩

  8. D’ailleurs, une conversation avec Marie Gilles juste avant l’envoi de cette newsletter m’a fait réaliser que j’avais oublié (!!) que c’est l’expérience du cyberharcèlement en 2020 et 2021 qui m’a fait me déporter sur la newsletter. C’était une manière de continuer à écrire publiquement/semi-publiquement, en me protégeant de la violence des masculinistes qui avaient pris l’espace commentaire de mon blog pour une décharge publique. Les autres raisons, plus marketing, que j’ai développées plus haut, sont devenues des stratégies a posteriori, et elles ne sont pas fausses ni mauvaises. Simplement, pas l’impulsion première.

    Je sais, aujourd’hui, que j’ai le droit de fermer l’espace commentaire de mon site si je le veux. Et fort heureusement, les méchants ont pour la plupart oublié l’URL de mon site. (Je reçois encore, une fois de temps en temps, un commentaire haineux sur le blog, que je supprime sans le lire avant de bloquer l’IP.)

    J’imagine que cette histoire est aussi utile pour me rappeler que oui, tout passe, et qu’on peut oublier beaucoup de choses en 5 ans. ↩

  9. Je ne dis pas que c’est une faute morale d’avoir besoin d’Instagram ou de TikTok pour gagner sa vie. Je dis que c’est problématique, au sens de complexe et négatif, que tant de gens dépendent de sociétés privées aux fonctionnements opaques, pour gagner nos vies. Je pense qu’il y a des solutions, à investir ensemble, c’est le but de cette newsletter. ↩

Lire plus:

  • 4 janvier 2026

    L'IA est un problème, et pas celui que vous croyez

    Où j'ai beaucoup pensé ce qui selon certains, garantit que je suis.

    Read article →
  • 2 novembre 2025

    Le frisson du peut-être

    Où l'on cherche à explorer l'inconfort, à se connecter avec les autres et l'inattendu pour peut-être, parfois, changer sa vie.

    Read article →
Ne manquez pas la suite. Abonnez-vous à Un invincible été:
Rejoignez la discussion :
  1. A
    Anaïs
    1 février 2026, matin

    Comme toujours, c'est un doux plaisir de lire ta newsletter. J'aurai matière à réflexion pendant les ballades de la journée. Merci. Je recommande également chaudement The Vegetarian, un an après ça lecture, l'histoire vit toujours "rent free" dans ma tête, un an après sa lecture.

    Reply Report
  2. L
    Laetitia Marcelino
    1 février 2026, après-midi

    Merci Pauline, vraiment un immense merci d’inclure une lecture audio, j’adore lire mais clairement je ne peux pas lire sur écran aussi longtemps (mes petits yeux vieillissent fort) alors pour moi c’est un game changer! Et merci pour les pistes de réflexion que je partage à 100%, t’ayant connue durant l’âge d’or des blogs (et en ayant tenu des dizaines moi même) j’attends leur retour avec grand espoir.

    Reply Report
  3. L
    Laurelas
    1 février 2026, matin

    Pauline : merci toujours pour ta newsletter et tes réflexions, idées et propositions pertinentes 🫶🏻 je me demandais récemment ce que je devrais faire de mon blog qui hiberne depuis un moment, je ne sais pas trop si je vais le réinvestir comme avant, mais c'est vrai que l'envie d'un autre internet est là, ou d'un internet qui ressemble davantage à celui que j'aimais avant. J'ai souvent plein d'idées de posts insta, envie de partager plein de choses et puis créer du contenu pour cette plate-forme prend du temps, et vu que je me plie bien peu (voire pas du tout) aux règles de cette dernière, j'ai souvent l'impression de perdre mon temps pour le peu de partage et de retours que ça peut générer alors que c'était bien ça à la base ma vie sur internet : partager mes passions et en parler avec d'autres... Et avec un jeune enfant mon temps est précieux, et je le perds souvent sur Instagram (dont j'apprécie pourtant encore beaucoup de choses, mais qui me overwhelm tout de même assez vite)(also je suis dans doute la dernière au monde mais j'ai pas de réclame qui se glisse au milieu de ma timeline, très heureuse d'être passée entre les mailles du filet).

    La question de quitter des plate-formes se pose aussi, Spotify en premier mais ayant un compte familial je me heurte un peu aux habitudes des autres (et aussi aux miennes) et tout ça me semble prendre tellement de temps (retrouver ses habitudes, bien tout transférer etc) que l'ampleur de la tâche me rebute. Tu n'as pas parlé de Goodreads, qui est aussi un réseau en partie problématique car propriété d'Amazon, mais de mon côté j'ai tellement investi là-bas (des centaines de reviews et c'est là que je note les livres que je veux lire) que c'est pareil, impossible à quitter pour l'instant. Bref, mon commentaire devient trop long. Juste, merci encore 🙏🏻

    Reply Report
  4. W
    Wen
    1 février 2026, matin

    Hello,

    Merci pour toutes ces belles pensées !

    Instagram qui ne montre plus que des trucs sponsorisés (que ce soit des pubs pour des produits ou pour des artistes qui payent pour être mis.es en avant). J'ai maintenant pris le pli d'aller (ré)explorer les publications des artistes que j'aime depuis mes abonnements et je me faisais la réflexion que c'était comme quand j'étais ado et que je passais du blog de Boulet à celui de Maliki puis DeviantArt et Tumblr...

    Et j'avais un blog aussi à l'époque où j'ai arrêté de publier pour passer sur Instagram justement pour cette promesse de "visibilité"... Résultats je n'ai quasiment rien montré de mon travail, le fonctionnement de l'appli, le format des images, j'ai tout trouvé hyper contraignant et j'ai simplement arrêté de poster... Je n'ai même jamais imaginé retourner sur mon blog...

    Et ton article m'a donné envie de m'y remettre ! Juste, partager, mettre à disposition et si quelqu'un.e s'arrête et regarde, c'est super mais si personne ne le voit ce n'est pas grave non plus. J'aime cette idée !

    Un peu comme un graff ou un collage dans une petite rue discrète où presque personne ne le verra mais d'autant plus précieux...

    Et FIP est une radio merveilleuse, entre les chansons de dessins animés et les chansons graveleuses en pleine après midi... J'ai enseigné en atelier d'arts plastiques pendant 10 ans et FIP à accompagnée toutes mes élèves ^^

    Reply Report
  5. A
    Aline
    1 février 2026, matin

    Merci Pauline pour ce texte. Je n’utilise pas Instagram, ni Netflix, ni Spotify, parce que je sais que je suis une proie de l’attention facile… c’est tout ou rien, et j’ai préféré choisir le rien, quitte à manquer des contenus qui m’auraient intéressé. Je trouve déjà bien assez à lire sur les blogs que je suis toujours, à voir sur Arte et YouTube et à entendre à la radio et en Podcast. Je tiens aussi une liste de recommandations de livres, que j’alimente avec les critiques lues dans les journaux (Le Monde des livres, entre autres) et les recommandations de mes proches. J’y pioche au gré de mes visites en librairies et de mes commandes sur des librairies de seconde main. Une chose que j’adore, c’est aussi choisir un livre en librairie selon trois étapes: la couverture, le résumé et quelques pages lues en diagonales pour voir si le style me plaît. Il me semble qu’avec internet et la possibilité de pouvoir voir en tout temps des avis sur tout, nous oublions de faire confiance à nos goûts et intuitions. Laissons-nous surprendre… et décevoir aussi ! Bon dimanche et au plaisir de te lire

    Reply Report
  6. P
    Petchanatz
    1 février 2026, matin

    Bonjour J’ai bien aimé vous lire Pour la musique n’oubliez pas bandcamp On peut y écouter bcp de choses gratuitement Mais il faut explorer

    Reply Report
  7. C
    Carole
    1 février 2026, après-midi

    Merci beaucoup pour cette nouvelle newsletter longue, qui est d’un grand soutien pour mes propres réflexions, et qui encourage !

    Reply Report
  8. M
    Marjolaine
    1 février 2026, après-midi

    Merci Pauline pour cette info lettre qui va nourrir mes réflexion… je fais l’autruche depuis bien longtemps mais grâce à ce contenu, je vois cette question sous un autre angle !

    Reply Report

Ajouter un commentaire:

Partager cet e-mail:
Partager par email
https://pauline...
Bluesky
Instagram
Cet e-mail vous est présenté par Buttondown, la façon la plus simple de démarrer et développer votre newsletter.