Sans friction, pas de feu
Où l'on questionne l'utilité du silex, à l'échelle de l'humanité.
Salut,
Pour écouter la version audio, c'est par ici.
S’il y a une chose que ma pratique ponctuelle de la course à pied m’a apprise, c’est que pour avoir couru, il faut aller courir, et que pour que j’aille courir, il faut que toutes les conditions soient réunies. Ce qui n’arrive jamais. Il ne fait jamais exactement la bonne température, au beau milieu d’une journée tellement vide d’obligations et de corvées, mais également d’autres stimuli plus agréables, que je n’aie rien de mieux à faire qu’aller courir. La plupart du temps, ce qui se passe, c’est qu’il fait froid (ou alors un peu trop chaud), mes écouteurs ne sont pas chargés, il faut aller déposer l’enfant à l’école et j’ai une montagne de linge à plier, ou de factures à faire, ou de poussière à regarder tomber sur l’étagère.
Quand les obstacles sont trop nombreux, j’abandonne tout simplement : quand il ne fait jamais jour, à la fois trop froid et trop humide (l’un ou l’autre est tolérable en courant, les deux d’un coup : non merci), j’ai déjà du mal à trouver l’énergie de bosser, alors aller courir ? Vaste blague. En hiver, donc, je délaisse la pratique bi-hebdomadaire de la course à pied. Cette année, je l’ai remplacée par celle, quotidienne, du yoga. J’ai contourné les obstacles de la météo – dans mon salon, il fait toujours 19 degrés et toujours sec – et de la luminosité – dans mon salon, je suis en sécurité, et je peux même pratiquer les yeux fermés.
Il reste toujours des obstacles. Il reste à trouver la motiv’, comme on dit. Chaque jour, je dois m’extraire de quelque chose dans lequel je suis bien (souvent, l’immobilisme : travailler au bureau, lire dans le canapé, scroller sans but pendant une heure parce que je suis d’une humeur de chien et que tout me gonfle) pour me lever et aller faire mon yoga. Même si j’adore cette pratique, qu’elle me fait du bien sur tous les plans, je dois tous les jours me faire violence.
Pratique de la discipline, discipline de la pratique
En ce moment, je pense beaucoup aux pratiques. D’écriture, de lecture, de réflexion, aux pratiques physiques aussi, et aux pratiques humaines. À la discipline que la pratique requiert. Aux pourquois du comment je n’arrive jamais à me motiver à courir l’hiver, ou aux raisons qui font que même si j’adore le yoga et que je déteste scroller, il me faut toujours m’extraire du scrolling pour aller faire du yoga. Pourquoi je traîne des pieds pour rendre un service à quelqu’un·e que j’aime, alors que j’aime rendre service et que j’aime cette personne, et que j’apprécie qu’on me rende service quand j’en ai besoin ?
Dans une de ses dernières newsletters, Adam Wilson dit :
On a une pratique de quelque chose justement parce que ce n’est pas notre préférence.1
Ainsi, une pratique pourrait être définie par : du temps régulièrement passé à « s’abstenir d’autres comportements plus habituels, plus confortables et plus affirmants » (je cite encore Adam Wilson), où « affirmant » voudrait dire quelque chose comme qui permet de confirmer ce que l’on sait déjà de soi (et qui nous arrange).
Pratiquer quelque chose implique de renoncer, pendant un temps, et régulièrement, à la facilité. Cela requiert une véritable discipline. Mon expérience de la course et du yoga m’a appris qu’au départ, la manière la plus efficace de construire une discipline, c’est de retirer les points de friction.
Avec la course à pied, je retire la friction de la préparation. Je vais déposer ma fille chez la nounou ou à l’école en tenue de course, avec seulement mes écouteurs et mes clés dans la poche, et je ne me laisse pas le choix : je suis déjà habillée, déjà sortie, je ne peux rentrer à la maison qu’une fois mes 30 minutes courues. (Il y a aussi un côté peer pressure invisible : c’est ridicule de me montrer en tenue de sport sans utiliser la tenue de sport, même si bon, en vrai, personne ne va me demander des comptes.)
Pour le yoga, c’est plus fluctuant mais l’idée reste la même. Malgré ma grosse tendance bordélique, je garde toujours un espace libre dans ma pièce à vivre pour y dérouler un tapis de yoga sans devoir ranger ou bouger des meubles : je retire la friction de l’installation. Et quand je décide que j’ai fini ma journée de travail, je me lève de mon bureau, je vais me changer, je déroule mon tapis, je m’attache les cheveux, et c’est parti. Je retire encore une friction, celle de devoir choisir une vidéo, en cliquant sur celle choisie par moi par l’équipe d’Adriene Mishler dans son calendrier mensuel. Et je me retire le choix d’aller glander, pas tant que je n’ai pas fait mon yoga.
Pour lire beaucoup, je retire la friction du choix (je tire au sort mes lectures, ou pioche au hasard dans ce qu’on me recommande) et de la disponibilité (j’ai toujours des livres sur moi, que ce soit en papier, sur ma liseuse ou même sur mon téléphone). Pour écrire régulièrement, je retire la friction du matériel (tous mes carnets ont un élastique avec un stylo dedans, j’ai toujours un carnet sur moi). Pour la lecture et l’écriture, les disciplines sont tellement ancrées, et le plaisir tellement grand, que je n’ai plus besoin que les meilleures conditions soient réunies. Le fait qu’elles le soient assure cependant ma régularité dans la pratique. Pour le sport, je soupçonne que je ne serai jamais accro. Il sera toujours facile pour moi de lâcher la rampe, et la discipline devra rester un point d’attention constant, à recomposer régulièrement selon les différentes frictions qui évoluent au fil de la vie.
À l’inverse, pour gâcher moins de mon précieux temps sur Instagram à scroller sans fin sur des reels qui étudient le style des stars (...), j’ai dû construire une autre discipline, avec une mécanique opposée. J’ai dû rajouter un maximum de friction à l’action compulsive, décérébrée, qu’est « ouvrir l’app dès que j’ai une seconde de temps libre ». En me forçant à contempler un écran qui compte combien de fois j’ai essayé d’aller sur Instagram aujourd’hui avant de confirmer mon envie d’y aller pour de bon, l’app One sec crée une friction répétée, qui m’oblige à me poser des questions désagréables, plusieurs fois par jour.
Récemment je lisais un article du Monde sur les jeunes adultes qui refusent d’utiliser l’IA, et j’ai été assez agacée par le vocabulaire employé pour parler d’eux (dont je fais partie, du coup). On serait des vegans de l’IA, on aurait fait voeu d’abstinence : est convoqué immédiatement l’imaginaire de la restriction, de l’empêchement, d’un ascétisme qui me paraît prendre le sujet à l’envers. J’en discutais avec un copain, il disait en gros : « C’est comme si ne pas manger de tacos 3 viandes était de l’ascétisme. »
Il disait qu’il faudrait recadrer le débat, et parler de l’utilisation des IA comme d’une compulsion, car c’est ce qu’elle semble être devenue pour beaucoup de gens qui les utilisent. Comme je consulte compulsivement Instagram pour tromper le moindre ennui, on « demande à ChatGPT » compulsivement, parce que c’est toujours dans la poche, dispo en quelques taps, avec un délai de latence minimal : une expérience utilisateur d’une fluidité confondante, qui nous ôte le poids du temps qui passe, de l’ignorance, de l’incertitude, du vide.
Et ce qui marche chez moi avec One sec, ce n’est pas tant que je me sente merdique de voir le compteur augmenter, ou que j’apprécie de prendre quelques secondes de pleine conscience. Je ne vais au bout du cycle de réflexion que quand j’ai vraiment un truc à faire sur l’app (poster, répondre à un message), sinon je quitte l’app en pestant. Non, ça marche parce que justement, cette friction imposée m’est insupportable, car elle vient en directe contradiction de ma compulsion. En fait, je ne vais pas sur Instagram pour réfléchir. Voilà, c’est dit. Et si je dois réfléchir avant d’agir, autant le faire ailleurs.
La parentalité est une friction constante
La semaine dernière, j’ai pris le train seule avec ma fille. La veille, quand j’ai fait la valise, j’ai téléchargé toute une saison de Bluey sur l’iPad, j’ai acheté un adaptateur USB-C/jack et j’ai fait en sorte que ma fille puisse regarder des dessins animés dans le train pendant que je comatais. Ce n’était pas notre premier long trajet en train à deux, mais c’était la première fois que je cédais à la facilité des dessins animés. Je sais exactement pourquoi j’ai cédé : la veille, j’avais fait une des pires migraines de ma vie et je n’avais juste pas l’énergie pour faire face aux frictions inévitables lors d’un voyage en train sans écran avec une enfant de 3 ans ½. Et au quotidien, je me vois faire, quand je suis fatiguée, de mauvaise humeur : je me vois dire oui pour un épisode supplémentaire parce que je n’ai pas envie de gérer la frustration, ces cinq minutes où ma fille semble oublier qu’il y a une vie et 75 000 jouets en dehors de Bluey.
Quand j’y réfléchis, je constate que, pour moi en tout cas, la parentalité est une friction constante. Depuis le tout début de sa vie, j’ai le sentiment que les besoins de ma fille et les miens sont généralement en conflit, que je dois désormais composer avec l’inconfort quasi-permanent qui vient avec la responsabilité d’accompagner mon enfant.
Et à moins de ne pas faire d’enfants, ou de refuser tout net de s’occuper de ceux qu’on a faits (ce que semblent capables de faire, plus ou moins consciemment, pas mal de pères au demeurant), j’ai l’impression qu’il n’y a pas de style de parentalité qui permette d’échapper entièrement à la friction. Quand ma fille refuse de finir son assiette – et que je la laisse faire parce qu’elle a le droit de ne plus avoir faim, je me dis que c’est quand même beaucoup plus relax de lâcher prise là-dessus. Alors que ça doit être éreintant, de forcer des enfants à finir leur assiette, non ? À contrario, quand on l’accompagne dans une ces fameuses « tempêtes émotionnelles » dont la parentalité dite « bienveillante » nous a révélé tous les secrets, on se dit que c’est sûrement moins fatiguant d’ignorer les cris d’un enfant jusqu’à ce qu’il se calme de lui-même.
Globalement, je trouve que c’est éreintant d’être en posture de domination, dans la parentalité : c’est fatiguant d’accompagner, de se mettre à hauteur, d’essayer de comprendre. C’est également fatiguant de crier, d’obliger, d’interdire. La différence va se trouver à l’endroit où on préfère se situer, en tant que parent : puisqu’il n’est de toute façon pas possible de ne pas dominer un enfant dont on est responsable, comment on choisit d’exercer cette domination ? Qu’est-ce qui m’apporte le plus de satisfaction, et de fait, rend la fatigue de la parentalité plus supportable ? Il existe à ces questions autant de réponses que de styles de parentalité.
Ce qui n’est pas fatiguant, c’est de tout lâcher. C’est de ce mot-racine, d’ailleurs, que vient le fameux laxisme, celui dont nous avertissent tous les amateurices des parentalités « à l’ancienne », et dont il n’est quasiment jamais question pour les parents qui essayent juste de, genre, ne pas violenter leurs enfants. Le laxisme, c’est la facilité, c’est éviter le conflit, et comme toute forme d’évitement délétère, j’avoue que je comprends sans peine comment on y arrive. Quand je suis fatiguée, déprimée, en SPM, je dois convoquer une discipline de fer pour reprendre une véritable pratique de la parentalité.
Reprendre une véritable pratique de l’humanité
Dans un article partagé par Lucie Ronfaut, l’autrice Kathryn Jezer-Morton dit :
Les entreprises de tech sont en train de réussir à nous faire penser que la vie elle-même est une gêne, quelque chose dont il faut sans cesse s’échapper, pour se réfugier dans des cellules capitonnées numériques faites d’algorithmes prédictifs et de commandes en un seul tap. Lire est barbant ; parler est malaisant ; bouger est fatiguant ; sortir de chez soi est intimidant. Réfléchir est difficile. Interagir avec des inconnus est effrayant. Risquer une réaction inattendue n’en vaut pas la peine. Parler, tout court – surcoté. Tout ça sont des frictions qu’on peut désormais éliminer, aisément, et on le fait.2
Je suis en train de chercher la traduction française du mot anglais convenient, et je suis obligée de sourire, parce que ça se dit tout simplement : pratique. C’est pratique, d’avoir des apps qui permettent de commander à manger depuis son canapé, pratique de pouvoir envoyer un texto d’anniversaire en le dictant à Siri pendant qu’on enfile son slip, pratique d’ailleurs d’avoir une notification qui pop pour nous rappeler que c’est l’anniversaire de quelqu’un aujourd’hui. C’est pratique de demander à un chatbot de choisir quel panettone on devrait acheter plutôt que d’enquêter via un moteur de recherche, dont il faudra trier les réponses, voire de demander leur avis à des gens.
Vous avez remarqué comment, quand on demande leur avis à un groupe de gens, on repart rarement avec un sens immédiatement plus clair de ce qu’on pense, nous ? Prenez six personnes, demandez-leur ce qu’elles ont pensé du dernier film que vous avez tous vu, et regardez vos propres certitudes se troubler. La tête pleine des voix des autres, sur le coup on a du mal à agencer notre propre pensée. En face, le chatbot va donner une seule réponse tranchée, et on aura vite fait de se faire un avis sur son avis, car il ne contiendra aucune subjectivité (puisqu’il ne contiendra aucun sujet).
Mais j’argumente que le trouble qui s’empare de nos certitudes est un élément fondamental de la vie en société. De la vie humaine, en fait : nous voyons le monde par le prisme de notre subjectivité, qui viennent sans cesse s’entrechoquer avec les subjectivités des autres.
Autant qu’il n’y a pas besoin de réfléchir pour respirer, il n’y a sûrement pas besoin de réfléchir beaucoup pour évoluer en tant qu’unité autarcique qui limite un maximum les interactions avec l’extérieur, pour préserver une tranquillité qui n’est pas une solitude si on parvient à se convaincre qu’elle est un choix rationnel. Mais est-ce que c’est ça, la vie ?
Alors oui, tout est fait, en effet, pour rendre pratique la vie sans qu’on ait plus besoin de la pratiquer, de l’exercer, de mettre les mains dans le cambouis. Et c’est un peu contre-intuitif, voire désagréable, d’imaginer qu’il est nécessaire de construire une discipline pour tout simplement exister dans le monde. Ce n’est pas très élégant, c’est définitivement mal vu, de dire qu’il est parfois nécessaire de se forcer à aller contre nos préférences de confort et d’habitude. L’ère qui a permis l’émergence de la pensée révolutionnaire sur le consentement et sur la sécurité des corps, est aussi l’ère de nos replis sur nous-mêmes et de notre tendance à considérer notre confort individuel comme plus important que la vie de la communauté. D’ailleurs, personnellement, je ne sais pas vraiment à quoi ça ressemble, une communauté.
Il y a quelques temps, j’étais chez ma voisine, et une de ses voisines à elle est venue emprunter un plat à tarte. Ma voisine lui a prêté un plat et lui a offert de la cannelle. Elles ne se connaissaient pas : elles ont échangé leurs prénoms, parlé de leurs origines respectives. L’échange a duré 5 minutes au lieu de 1, c’était chaleureux, joyeux. Je pense que moi, s’il me manquait un plat à tarte en pleine cuisine, j’irais en acheter un avant que l’idée de taper à la porte voisine ne me traverse l’esprit. J’ai toujours le réflexe de fuir le regard des gens que je ne connais pas quand ils me parlent, toujours du mal à poser des questions aux autres même quand ils m’intéressent. Je serais toujours plus à l’aise dans le silence de mon salon vide, dans mon canapé, avec un livre pour seule compagnie – jusqu’à ce que ça me pèse. Ça finit toujours par me peser. Au milieu de ma solitude choisie, je me prends toujours à rêver d’habitats participatifs, de vie de quartier, de grands dîners. Je sais que j’ai le pouvoir de donner beaucoup plus au collectif, tout en me disant que c’est « pour plus tard ». Mais plus tard quand ? quand j’aurai plus de temps, plus d’argent, moins de responsabilités, quand les poules auront des dents ? Je ne sais pas encore, mais je sais que j’y pense.
Pour être une mère suffisamment bonne, j’ai été obligée de développer une énorme tolérance aux désagréments. Cette tolérance à l’inconfort m’apparaît maintenant clairement pour ce qu’elle est, à savoir une forme d’amour : pour ma fille bien sûr, pour les autres personnes que j’ai dans ma vie, et qui me donnent autant qu’elles me demandent, à leur rythme et selon leurs modalités. Pour la vie tout simplement, qui reste imprévisible et refuse d’aller où je veux, mais qui me donne de magnifiques couchers de soleil et de ravissantes grives musiciennes sur des lacs tranquilles.
Pour citer Stella Polaris :
[...] ce qu'on aime mérite qu'on lui donne du temps. Le temps c'est de l'argent, dit-on ; non, le temps c'est de l'amour. Et l'amour c'est du temps (et de l’attention, de la patience, de la détermination face aux obstacles, et l'acceptation de la frustration).
Je commence à peine à explorer la tension intéressante qui naît de la friction. La retirer là où elle freine mon parcours d’être humain qui participe au monde – la renforcer là où je veux continuer à me poser des questions, là où je refuse de me reposer. Là où, justement, prendre le temps de ressentir, de réfléchir, de s’investir est une participation au monde. Le friction c’est la résistance, mais c’est aussi le contact. Sans friction, pas de feu.
Je ne sais pas encore ce que ça veut dire, concrètement, mais c’est par là que je me dirige. Parce que oui, plus je prends conscience de ma tendance à me retirer du monde quand il est trop bruyant, plus je pense que j’ai besoin de me construire une discipline de vie – si je veux une vie qui a du sens. Qui en vaut la peine. Parce qu’en fait, de la peine, il y en aura toujours. Et qu’est-ce qui me tiendra chaud, quand reviendra l’hiver ?
Générique de fin et références
L’écriture de cette newsletter a été nourrie des matériaux suivants :
- The Deep Green Gift of Life, une newsletter d’Adam Wilson
- In 2026, We Are Friction-Maxxing, une newsletter par Kathryn Jezer-Morton dans The Cut
- Rugosité chérie, un zine de Stella Polaris
- the importance of a reading, writing and thinking practice to stay intellectually alive, une vidéo de Nina Montagne
- the disappearance of rituals and the exhaustion of constantly becoming, une autre vidéo de Nina Montagne
J’espère qu’elle vous a plu, et je vous dis à bientôt.
– Pauline
-
« You practice something specifically because it isn’t your preference. » – traduction de moi-même. ↩
-
« Tech companies are succeeding in making us think of life itself as inconvenient and something to be continuously escaping from, into digital padded rooms of predictive algorithms and single-tap commands: Reading is boring; talking is awkward; moving is tiring; leaving the house is daunting. Thinking is hard. Interacting with strangers is scary. Risking an unexpected reaction from someone isn’t worth it. Speaking at all — overrated. These are all frictions that we can now eliminate, easily, and we do. » – traduction de moi-même. ↩
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